Si j’avais le cœur à plaisanter,

Je dirais que je suis en froid avec mon frigidaire.

Depuis quelques temps, il s’agite et m’exaspère,

J’entretiens avec lui des rapports conflictuels,

Et je ne sais qui des deux aura le dessus.

Il ronfle et gronde à intervalles réguliers.

J’ai pensé qu’il était mal calé, mal installé.

Conseillée par un expert en maux d’hiver,

J’ai glissé des petits patins de moquette

Moelleuse sous ses pieds. Peine perdue !

Parfois la nuit, je me réveille en sursaut,

Tapi de l’autre côté de la cloison,

Il souffle et il grogne comme un animal en colère.

D’autres fois, c’est comme un énorme cœur qui palpite.

Faudra-t-il que je m’en sépare pour retrouver le sommeil ?

Je me garde bien d’envisager pareille extrémité en sa présence,

Il est si susceptible et il me battrait froid.

Pourtant, je suis sûre qu’il sait à quoi je pense,

Son hostilité à mon égard devient palpable.

J’évite même de rester en tête à tête avec lui,

On ne sait jamais ce qui peut lui passer par la... par la...

Je crois que je deviens folle.

Je me réfugie dans le salon, je saisis le tisonnier,

Je l’entends qui ronronne comme un fauve aux aguets.

J’ai faim mais j’hésite, je me ronge les ongles,

Oui je l’avoue, j’ai peur d’entrer dans la cuisine.

 

©Fanfan@94

Dialogue avec « Adresse »